Pendant des mois, ce mur m’a accompagné. (photo ci-dessus)
Chaque feuille représentait une scène à reprendre, un personnage à mieux connaître, une question à laquelle je ne savais pas encore répondre. Il y a eu des centaines d’heures de travail, des journées où j’avais l’impression d’avancer, d’autres où je me demandais sincèrement si ce livre verrait un jour le jour.
J’ai plusieurs fois renoncé. Puis je suis revenu. Avant de renoncer encore. Et finalement de continuer.
Aujourd’hui, Twin Lakes existe.
C’est mon roman le plus ambitieux à ce jour : près de 400 pages et plus de 63 000 mots. Ce qui a changé n’est pourtant pas ma voix. Ceux qui connaissent mes livres retrouveront, je l’espère, mon goût pour les lieux, les silences et les vies ordinaires. Mais cette fois, il y a davantage de personnages, davantage d’humour, davantage de légèreté aussi. Une petite ville du Wisconsin est peu à peu devenue un monde dans lequel chacun poursuit sa propre histoire.
Plusieurs personnes m’ont conseillé de vendre ce livre 16,90 €. Finalement, j’ai choisi de le proposer à 12 €.
Non parce que ce travail vaut moins. Bien au contraire. Je crois qu’il vaut bien davantage.
Simplement parce que je n’écris pas pour chercher le prix le plus élevé possible. J’écris parce que j’aime construire des histoires, même lorsqu’elles demandent des mois de travail, de doutes et de réécritures. Et surtout parce que j’espère offrir quelques heures de lecture à un prix qui reste accessible.
Nous vivons une époque où tout semble devoir être spectaculaire. Les héros sauvent le monde. Les séries cherchent sans cesse à aller plus loin.
Mes livres prennent une autre direction.
Ils parlent d’un garage ouvert un matin d’été, d’un moteur que l’on essaie de réparer, d’une bibliothécaire qui reconnaît les nouveaux habitants, d’un enfant qui s’arrête devant une buse sous une route parce qu’il y voit quelque chose que les autres ne regardent pas.
Je continue de croire que l’extraordinaire se cache souvent là.
Dans ce qui paraît ordinaire.
Merci à toutes celles et ceux qui lisent mes livres, qui m’écrivent, qui me soutiennent depuis des années ou qui découvriront peut-être Twin Lakes. Sans vous, beaucoup de ces feuilles seraient probablement restées accrochées à ce mur.
À bientôt,
Paul Tronka
PS : Pendant longtemps, Twin Lakes n’a été qu’un mur couvert de feuilles. Aujourd’hui, c’est un livre.
Aujourd’hui, les élèves que j’accompagne à l’école primaire m’ont offert de magnifiques attentions : des dessins, des livres, des chocolats, des mots écrits à la main… Des cadeaux qui ont surtout la valeur du temps partagé.
L’un d’entre eux quittera l’école primaire pour entrer au collège à la rentrée. Je l’aurai accompagné pendant quatre années, dans ses apprentissages, ses réussites, ses doutes, et dans tous ces petits progrès que l’on ne remarque parfois qu’en regardant en arrière.
On parle souvent des livres qui nous marquent. On parle moins des enfants qui, sans le savoir, nous apprennent à regarder autrement.
Avant d’être un peu écrivain, je suis aussi AESH. Et je crois que ces deux chemins ne sont pas si éloignés. L’un apprend à écouter les silences. L’autre essaie de leur donner des mots.
Merci à tous les enfants, aux familles et aux enseignants pour cette belle année. Je leur souhaite de très belles vacances… et une merveilleuse route à celui qui commence bientôt une nouvelle étape au collège.
On écrit souvent à partir de ce que l’on vit. Mais on écrit surtout à partir de ceux que l’on a eu la chance de rencontrer.